jeudi 12 février 2009

21 mai 2005

La petite histoire que voici, je vous la livre, à vous toutes et à vous tous mais vous permettrez que je la dédie tout particulièrement à cette bonne, aimable et attentive Madame Pépin, fidèle correspondante dont j’étais sans nouvelle depuis un petit bout de temps et qui, il y a quelques jours s’est à nouveau manifestée mettant ainsi un terme aux vagues inquiétudes que je nourrissais à son endroit. C’est, bien évidemment une histoire aussi vraie qu’il est possible et elle s’est déroulée chez moi, un matin qui me voyait occupé aux soins de mon petit ménage. J’avais, très bêtement entrepris de faire la vaisselle. Les verres, les tasses, les assiettes et les couverts se couvraient d’eau chaude et, bien évidemment, il me fallait y ajouter un peu de détergent, ce que je fis illico. S’est produit alors ce curieux phénomène, que vous avez sans aucun doute déjà observé, qu’au moment de presser le flacon de plastique pour en faire sortir un jet de savon liquide, une minuscule petite bulle a profité de l’occasion pour prendre la poudre d’escampette qui est un des plus jolis mots de notre belle langue française. Quand je dis que cette bulle était minuscule, vous pouvez m’en croire; à tout casser elle devait avoir un rayon de deux millimètres, à peine. Et voici que la petite bulle s’élève dans les airs, passe au dessus de la table, arrive à proximité de la fenêtre ouverte, se voit repoussée par un tout aussi minuscule courant d’air, amorce un piqué, et puis remonte, revient, si j’ose dire, sur ses pas pour, finalement, entrer en contact avec le linoléum et y finir sa brève et gracieuse existence de petite bulle de rien du tout. Et pendant son périple, je la suivais et pas seulement des yeux car je l’accompagnais en marchant derrière elle, pour voir jusqu’où elle irait et combien de temps elle se donnerait ainsi en spectacle. Vous dirais-je que j’étais absolument sous le charme de l’audacieuse et qu’un sourire de connivence éclairait mon visage au demeurant si sympathique? Oui, je vous le dit. Et que je vous dise encore que depuis quelque temps, ce sourire ne me quitte que rarement et que quand je pars en promenade comme c’est souvent le cas ces jours-ci, ayant décidé de me mettre à explorer mon nouveau quartier, ce sourire est là, à sa juste place, entre le nez et le menton. Et quand je vais chez l’épicier acheter mon chou-fleur mon concombre ou mes patates, ce sourire est toujours là. De la même façon qu’il ne me lâche pas d’une semelle quand j’entre chez l’aimable marchande de fromages qui vend aussi un petit vin tout à fait convenable qu’elle met elle-même en bouteille. Surtout, persuadez vous de ce que ce sourire n’est aucunement forcé, je n’y suis pour rien, je vous l’assure. Il est apparu, comme ça, sans prévenir et j’ai mis un certain temps à m’apercevoir de sa présence. En vérité, je crois bien pouvoir le dire, ce rien du tout de sourire n’est que l’infime partie visible de ce qui m’habite et me conduit. Je me sens empli d’une manière de chaleur, de tendresse et d’amour envers tout ce qui m’entoure qui me fait aussi léger que le souffle de brise fraîche tournoyant dans ma chambre, à l’heure où, cette nuit, je pianote sur le clavier et que les mots s’alignent sur le petit écran. Oui, ce sourire est à l’image de mon âme, une petite âme gaie et insouciante qui sautille et danse et virevolte au gré des heures libres de toute contrainte. Ma vie me paraît belle; elle vaut pour elle même et n’a pas de justification particulière et peut-être même n’en n’a t-elle aucune; elle est seulement là, pour celle-ci, que j’attendais tout à l’heure, au buffet de la gare, avec au coeur la même impatience qu’il y a dix ans mais avec, au surplus, cette sérénité joyeuse qui m’est venue de ce que je sais désormais que nous sommes tous et que je suis semblable à cette brise de tout à l’heure, qui s’engouffrait par la fenêtre ouverte; un souffle léger et sans consistance, une vaguelette sur la surface d’un lac transparent, un nuage qui passait par là, une petite bulle de savon guillerette et éphémère.




Aucun commentaire: