jeudi 12 février 2009

24 janvier 2004

Vous le savez sans doute, la Cinémathèque Royale - de Belgique, pas du Danemark - a eu l’excellente idée de décentraliser une partie de son inestimable patrimoine et de permettre ainsi au public de province de découvrir ou redécouvrir quelques-uns des films considérés comme étant des classiques. Dans ce cadre là, j’avais, il y a quelques semaines, reçu le message d’une aimable dame qui se prénomme Nathalie, qui travaille à ce projet pour le compte de la Cinémathèque et qui me demandait s’il m’était possible, à titre d’invité, de participer à la présentation de l’un ou l’autre de ces films, projetés, évidemment, au Churchill. Invitation que j’acceptai de bon coeur, d’une part parce que j’aime faire plaisir et, d’autre part, parce qu’il me semblait opportun, d’une certaine manière, de soigner par la même occasion les relations publiques de notre belle émission. Et c’est ainsi que, lundi soir, en compagnie de Michael, chargé d’animer la discussion et représentant les “Grignoux” qui est cette extraordinaire équipe qui porte le Churchill, le Parc et bien d’autres projets à venir, en compagnie, aussi de Dick, ancien stagiaire à Radio-images-cinéma et aujourd’hui assistant de la section cinéma à l’Université de Liège, je me suis retrouvé perché sur un tabouret, face à plus ou moins deux cents personnes, sagement installées dans leurs beaux fauteuils de velours rouge. J’aime autant vous le dire, j’étais dans mes petits souliers, j’avais le trac, hé oui. Parce que, voyez-vous, je suis tellement habitué à ma petite cabine insonorisée, au microphone fixé sur son socle, à la bonne bouille de Pierre derrière la vitre, à la lampe rouge qui s’allume quand prend fin le jingle et que je m’élance à votre rencontre, les yeux baissés sur le texte que j’ai rédigé à votre intention, cet environnement m’est tellement familier que là, devant tous ces yeux braqués sur le trio que nous formions et, conséquemment fixés sur moi, en passant et comme de bien entendu, je me suis senti tout petit et comme perdu dans cette salle qui me paraissait immense. Et, bien que nous ayions préparés nos interventions devant un plat du jour dans une brasserie que je connais bien, en la charmante compagnie de Freddy, de la Cinémathèque, au moment ou Michaël m’a posé sa première question, à propos de “La horde sauvage” de Sam Peckinpah, j’ai eu la désagréable impression de bafouiller et de ne rien dire de vraiment intéressant. Mais peut-être n’est-ce qu’une impression... enfin j’espère seulement n’avoir pas démérité et dignement représenté notre équipe; c’est en tout cas le moins que je puisse espérer. Tout cela dit, vous l’aurez remarqué, je commence cette année avec une relative légèreté; je ne vous casse plus les machins avec la philosophie et la métaphysique, toutes choses dont un honorable correspondant me disait, il y a peu, qu’elles l’agacait un tantinet. Mon cher Pierre, je suis bien d’accord avec vous en l’occurence. Il n’en reste pas moins que si, à l’occasion, il me prenait encore l’envie de vous faire part de tel ou tel de mes engouements, émerveillements ou agacements, je ne me gênerais pas, non plus. Mais enfin, pour l‘heure, oui, je prends les choses comme elles viennent, j’évite de me faire vainement des soucis, j’essaye de ne pas accorder trop d’importance aux silences de celle-ci, je vais beaucoup au cinéma et toujours avec le même plaisir, je goûte avec volupté les petits riens qui surviennent: s’il pleut, je suis mouillé, s’il fait froid je grelottte; et, quand ça se trouve, je partage avec l’un ou l’une, un peu de chaleur devant un café ou une bière. Car le bonheur, le bonheur simple et sans prétention, c’est aussi et peut-être surtout au contact des autres qu’il advient. Et je plains et je suis remplis de compasssion pour ces malheureux insensés qui, tournant et retournant leur âme dans l’obscurité opaque des questions sans réponses, remuant et triturant en vain leurs tréfonds, en oublie tout simplement de vivre.




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