dimanche 8 février 2009

6 octobre 2001

Selon le journal “le Monde”, daté du 29 septembre dernier, un vent de panique souffle sur les studios d’Hollywood depuis les désormais historiques meurtriers attentats qui ont frappé l’Amérique en plein coeur. Il n’y a pas que le coeur de l’Empire qui ait été touché. Il semble bien, si j’en crois le long article traitant de ce sujet, que la conscience des concepteurs, scénaristes, metteurs en scène des puissantes compagnies soit sérieusement ébranlée. Sachez déjà qu’une quarantaine de films, traitant de sujets dits sensibles, mettant en scène de dangereux terroristes ou assimilés ou ayant un rapport même très lointain avec les événements récents ont vu leur sortie retardée, que d’autres productions, en voie de montage ou à l’état de projets, sont très compromises voire même carrément abandonnées, parce que leur contenu, jugé subitement trop violent, risqueraient de traumatiser d’avantage encore l’opinion américaine qui découvre avec effroi - et on la comprend - que cette sacrée violence, quel que soit le visage qu’elle peut prendre dans la fiction est désormais et pour longtemps d’une réalité jusque là insoupçonnée par cette même opinion, habituée au fait que la violence, cette violence là, n’avait jamais été qu’un produit d’exportation. Donc, pour une période qui sera plus ou moins longue, plus de films-catastrophes, plus de détournements d’avions, plus de tours infernales et, peut-être, moins de crimes en tous genres, moins de sadisme et d’hémoglobine sur les écrans, inondés, majoritairement par le cinéma made in U.S.A. Est-ce à dire que les patrons des grandes compagnies sont tout à coup frappé de bonne conscience, ce n’est évidemment pas sûr du tout. On sait - ou on devrait savoir - que ce qui motive au premier chef tous ces braves gens, c’est de faire des films qui marchent, qui rapporte beaucoup de dollars, des millions et des dizaines de millions de dollars. Le fait que, tout à coup, on se pose des questions sur l’opportunité ou non de soumettre au public américain des films susceptibles de heurter sa sensibilité, de lui remettre en mémoire, ne serait-ce que de façon détournée, la journée fatidique du 11 septembre, ne constitue pas à priori, le signe d’une profonde remise en question du contenu d’un certain cinéma. A priori, disais-je, car on peut aussi bien choisir de penser que, l’irruption de la réalité de la violence dans la conscience collective américaine, la perception de cette violence-là, a peut-être eu pour effet que, très généralement, la tranquille insouciance qui prévalait jusqu’ici s’en trouve bousculée et que, dans le chef de certains, une réelle réflexion soit en train de naître par rapport à ce qui était tenu pour parfaitement innocent et ne méritant pas qu’on y réfléchisse. Si donc, ici et là, chez les professionnels du cinéma ou ailleurs, on se met à penser que les images de la violence sous toutes ses formes ne sont pas choses banales et qu’il serait peut-être temps de s’interroger sur ce que ces images véhiculent et sur la perception que peut en avoir tel ou tel public, il me semble que c’est là une excellente chose. Et si, dans dans un premier temps, l’unanimité de l’esprit de vengeance a prévalu dans la population américaine, on aura aussi remarqué que, par la suite, des voix se font fait entendre, des manifestations ont été organisées qui exprimaient le sentiment que la guerre, cette forme ultime et légale de la violence, ne résoudrait rien, que d’autres réponses étaient possibles que celle-là dont on ne sait jamais quels chemins elle peut prendre dès lors que ses complexes et imprévisibles mécanismes sont enclenchés. Que voulez-vous, le monde est gros d’incertitudes, nul ne peut prétendre savoir ce qui va arriver, nos vies elles-mêmes, sont faites de purs hasards, de hauts et de bas, de chance et de désagréments de toutes sortes. Vous savez à quoi j’ai pensé, l’autre soir que j’étais à ne rien faire d’autre que regarder les nuages passer ? A tous ces pauvres gens qui travaillaient dans les tours jumelles de Manhattan, ce matin-là; à ceux qui avaient arrêté de fumer une semaine ou deux plus tôt et à celles qui s’étaient inscrites à un programme-minceur...


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