dimanche 8 février 2009

27 octobre 2001

Puisqu’il est admis à peu près universellement que le cinéma est un art - le septième - considérons, si vous voulez bien, en quoi il est si particulièrement de son temps et, donc, du nôtre mais en quoi, également, il peut-être considéré comme parfaitement intemporel. Jusqu’à preuve du contraire, le cinéma consiste dans le déroulement d’une série donnée d’images, généralement accompagnées de sonorités diverses, parmi lesquelles des dialogues, de la musique pour meubler les temps morts ou pour accentuer tel ou tel moment de l’intrigue. Un film dure le temps qu’il faut, il commence au début et se termine à la fin exactement, si vous permettez, comme le vie que nous menons. A l’inverse, une peinture, quelle que soit la valeur qui lui est attribuée par les marchands ou les collectionneurs, reste sagement dans son cadre et elle se satisfait pleinement de cette inactivité et elle n’a de sens que parce qu’un nombre indéterminé de gens, les petits comme les grands, les maigres et les gros, s’arrêtent devant elle et font ho et ha comme c’est joli. Donc, disais-je avant cette parenthèse, le cinéma n’est pas sans avoir un rapport singulier avec ce que généralement on appelle la vie en ceci qu’il a à voir avec le temps. Et vous et moi, elles et eux, tout ce qui existe, tout ce qui vit et meurt a à voir avec le temps, tout est prisonnier du temps, rien de ce qui nous entoure n’échappe au temps dont chacun sait que sa particularité est de passer. La pensée la plus commune ne s’y trompe d’ailleurs pas puisque, par exemple, aller au cinéma c’est passer le temps, de même que faire une promenade, lire un livre, prendre un verre à une terrasse c’est encore passer le temps. Vouloir passer le temps, si on veut bien y réfléchir, est une manière comme une autre de vouloir y échapper, au temps. Tentative d’ailleurs absolument dénuée de sens puisque, d’une façon ou d’une autre, le temps nous rattrape toujours, qu’on ai voulu lui échapper ou non. Bien évidemment, la différence entre un film et la vie, c’est qu’un film peut être vu et revu selon notre bon plaisir alors que la vie, elle, c’est mon sentiment, ne peut être vécue qu’une seule fois et que par conséquent le temps qui est donné à chacun de la vivre ne reviendra pas. Libre à ceux qui veulent y croire que nous pouvons revenir ici-bas sous une forme ou sous une autre, qu’à la fin des temps nous seront tous réunis par la volonté divine, pour moi, les choses sont claires, c’est ici et maintenant que tout se passe, les années ont succèdé aux années, mes cheveux grisonnent de plus en plus et mon avenir tient dans une cuiller à café; c’est une image. Je veux simplement dire que je suis assuré d’avoir vécu, j’en ai le souvenir, un souvenir vague et tremblotant, à l’instar des pellicules de mon enfance, coincées dans un projecteur capricieux ou mal entretenu qui ronflait et crachotait et, pour finir, emprisonnait le ruban d’images qui, sur l’écran, se tordait sous l’effet de la chaleur de la lampe à arc. Là dessus, la séance s’interrompait, la lumière se faisait dans la salle sous les huées et les sifflets et, au bout d’un certain temps, la projection reprenait. Pour ce qui est de la vie, le film ne s’interrompt jamais, quand la séance commence, elle commence pour de bon et il est impossible de revenir en arrière et c’est pourquoi une expression comme “refaire sa vie” n’a absolument aucun sens; quoiqu’il puisse nous arriver, le meilleur comme le pire, c’est dans le cours inexorable du temps de la vie que cela arrive et pas ailleurs, ni autrement. Et puis, il y a des films gais ou tristes, des films qu’on a aimé, d’autres moins ou pas du tout et, pareillement, j’en connais qui ne sont pas satisfait de la vie qu’ils ont menés, qui voudraient pouvoir tout recommencer et qui se tordent les mains et sont malheureux et plein de rancoeurs et qui voient dans l’avenir la reproduction inexorable de leur passé. Il leur suffirait d’accepter cette évidence, qui vient de la sagesse antique et qui se dit comme ceci: on ne se baigne jamais dans la même eau, tout passe et est oublié, il n’y a pas d’autre alternative à la vie que la vie.




Aucun commentaire: