jeudi 12 février 2009

26 mars 2005

Donc, c’est le printemps. Aucun doute là dessus. Et je suis tout guilleret, tout joyeux et léger. En ce mercredi, dans ma chambre-bureau, la fenêtre est ouverte sur le jardin, la boulangerie d’à côté empli l’atmosphère de l’odeur de la cuisson du pain, une odeur un peu envahissante à mon goût, mais enfin, ça pourrait être pire. Il y en a qui vivent aux abords des usines de la vallée de la Meuse et qui supportent - comment font-ils, je me le demande - les senteurs pestilentielles qui s’échappent des cheminées des fabriques de fer et d’aciers en tous genres où des générations d’ouvriers se sont esquinté la santé pour des générations d’actionnaires grassouillets et bien portants. Et, à propos d’ouvriers, d’actionnaires et autres décideurs de la choses publique, je ne puis passer sous silence la journée de samedi dernier; vous savez bien, cette manif. Qui a rassemblé plus ou moins quatre-vingts milles personnes, dont moi. Je vous raconte. Je suis arrivé à Bruxelles sur le coup d’onze heure; j’avais choisi de descendre à Bruxelles nord et de rejoindre à pied le lieu de rassemblement, aux alentours de la gare du midi. Une petite balade d’inspection, si vous voulez, ou de mise en forme. Pour commencer, la rue neuve, qui est parallèle au Boulevard que devait emprunter le défilé; à l’angle de chacune des rues perpendiculaires aux deux grands axes, les badauds déambulaient au milieu des combis, des transports de troupes et des auto-pompes. Les policiers, dans leurs véhicules, lisaient le journal, papotaient et mangeaient leurs tartines, parfaitement décontractés. Il y en avait beaucoup, des policiers, comme à chaque fois que les gens se rassemblent; car enfin, on ne sait jamais, n’est-ce pas, avec ces trublions, ces enragés et autres anars qu’on est bien obligé de matraquer ne serait-ce qu’un tout petit peu pour calmer leurs ardeurs. Mais tout s’est passé sans le moindre accroc, je le dis en passant et de toute façon, vous le savez déjà. Mais continuons. J’ai fais une halte dans un bistro, celui-là même où, il y a quelques jours à peine, l’autre semaine, enfin, l’élue de mon coeur et moi avions dégusté une merveilleuse tarte aux légumes; j’ai commandé un sandwich jambon-beurre et un café, j’ai parcouru les pages du journal du jour, où il était question de la manif et des raisons du rassemblement. Et puis, j’ai rejoins la vaste étendue où la foule commençait à grossir. C’est à chaque fois, pour moi, une même exaltation, une excitation mêlée à une crainte diffuse, que de me retrouver au milieu de ces milliers de femmes et d’hommes arborant badges et auto-collants de toutes couleurs, du rouge, surtout mais aussi du vert, du bleu, de l’orange, un arc en ciel, enfin, qui mettait dans la grisaille de ce matin un air de fête et de promesses. Plus loin, un peu à l’écart de la marée humaine qui enflait de minute en minute, j’ai pris un gobelet de vin rouge au stand OXFAM, je me suis dirigé vers l’abri de tramway du large boulevard, j’ai posé le gobelet sur le banc de bois, j’ai commencé à me rouler une cigarette. Et puis une camionnette des transports en commun bruxellois s’est arrêtée à ma hauteur, un type en est descendu et, avec le bel accent de la capitale il m’a dit “Dites, vous n’attendez pas le tram, une fois? Parce qu’y roulent pas hein, à cause de la manifestation”... Je lui ai souri, je lui ai dit que je me doutais bien que les trams ne circulaient pas, que je buvais mon vin et que je me roulais simplement une cigarette; je l’ai remercié, il m’a souhaité une belle journée et le brave fonctionnaire de la STIB est reparti dans sa camionnette. J’ai rejoint la multitude, engagé la conversation avec un militant de la CGT de l’Essonne; il m’a offert son badge. Il avait une bonne tête de français moyen. La manifestation s’est mise en branle, il y avait un bruit terrible, des chants, des slogans repris par des milliers de voix. A un moment, plus loin, plus tard, l’énorme troupe de la CGT s’est mise à chanter l’Internationale. C’était beau et fort. Et j’étais très ému. Vous avez raté quelque-chose, c’est moi qui vous le dit...




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