jeudi 12 février 2009

22 janvier 2005

Un virage de plus à négocier dans ma petite vie sans grande importance; une fois encore, la vingt-cinquième ou à peu près, je change de paysage, de lieu de vie, de quartier. Je me prépare à dire adieu à la petite cour-jardin, au polygonum, à mes chers escargots et aux quelques dizaines de fourmis de la minuscule colonie, qui de toute façon m’ignore complètement, puisque c’est l’hiver et que ces bestioles attendent le printemps pour se remettre au boulot. C’est que, voyez vous, une opportunité s’est offerte, récemment. Un appartement avec deux chambres, une cuisine super-équipée avec assez d’armoires et de tiroirs que pour accueillir trois ou quatre fois mes quelques casseroles, assiettes, verres et couverts, un chouette salon donnant sur un jardin, le chauffage central, une salle de bain douillette avec eau froide ET eau chaude, enfin, un relatif confort dont je ne vois pas au nom de quoi je me priverais. Rassurez vous, mon train de vie ne va guère changer, mes préoccupations vont bien entendu rester ce qu’elles sont, la large portion de ciel visible depuis ma future chambre est vaste et je continuerais de regarder passer les beaux nuages en attendant l’inspiration de la chronique à venir. Et puis je m’en vais découvrir mon nouveau quartier en me promenant gentiment d’une rue à l’autre et nul doute qu’au détour de tel ou tel carrefour, je ne découvre un de ces lieux hautement poétique comme il en existe partout en ce vaste monde. C’est bien, le changement, je trouve. Déménager c’est un peu comme entreprendre un voyage avec un petit baluchon serré sur la poitrine, un paquet de tabac dans une poche, un peu de monnaie dans l’autre, dans l’éventualité ou l’on rencontrerais un petit bistrot accueillant, avec des habitués serrés au comptoir. Déménager, c’est une petite aventure, c’est une incursion dans un monde nouveau, c’est un saut dans l’inconnu et c’est une façon comme une autre de ne pas trop se laisser aller aux habitudes dont Nietzsche disait qu’elles étaient une chose excellente à condition d’en changer souvent. Donc, pour l’heure, je suis fichtrement Nietzschéen; il fait toujours aussi froid dans la petite pièce où je rédige ceci, en ce dimanche soir, j’ai décroché des murs les cadres dorés de mes ancêtres, j’ai rangé les photos punaisées au dessus de mon bureau, il y a des caisses dans tous les coins; dans sept jours exactement je m’endormirais dans une vraie chambre en attendant le premier petit déjeuner du premier lundi de cette nouvelle semaine, dans ce nouveau monde minuscule qui sera le mien désormais. Pour combien de temps? Allez savoir. Il y a longtemps que je me refuse à toute forme de projet. Vivre le jour qui s’annonce dès le matin est en soi une fort belle entreprise et je ne vois pas de raison à vouloir aller au delà de cette échéance. La vie est si fragile, nous tenons à si peu de choses, finalement, qu’il me paraît vain de vouloir anticiper l’avenir, ce qui, de toute manière est foncièrement vain et présomptueux. Certes, dès lors qu’il s’agit d’entreprendre quelque chose, de se décider pour telle ou telle orientation, oui, dans ce cas, il nous faut bien préparer le terrain, prendre nos dispositions en vue de l’aboutissement de ce que nous avons décidé, au risque que ce que nous avions imaginé soit démenti par un présent sans aucune relation avec ce que nous pouvions en attendre. Quant au reste, j’aime que plane en moi cette frémissante et belle incertitude qui a pour nom “Liberté” sans laquelle, à mes yeux, la vie perd un peu voire même beaucoup de son sel. Mais comprenez moi bien: la liberté, selon moi, n’a rien à voir avec la légèreté ou ce goût de l’hédonisme qui n’est pas le mien. Être libre, vouloir être libre ne peut se confondre avec la facilité, le dévergondage ou la licence, loin s’en faut. Je prétends qu’être libre, c’est de la même manière, pleinement, vouloir et attendre des autres qu’ils le soient aussi. Et qu’ils soient assez forts et assez aimant du tout de la vie que pour faire le meilleur usage possible de cette liberté qui est d’abord liberté intérieure, laquelle est absolument inviolable.



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